Il y a trois cents ans, sur cette terre
Des hommes et des femmes ont refusé.
Ils n'ont pas attendu les abolitions. Ils n'ont pas demandé la permission. Ils sont partis vivre libres dans la forêt du Plateau des Guyanes, ils ont remonté les fleuves, ils ont fondé des villages cachés.
Ils se nourrissaient ensemble. Ils s'organisaient ensemble. Ils se transmettaient des chansons et des règles.
Ils s'appelaient les Saramaka, N'Djuka, Aluku, Paramaka, Kwinti, Matawai. On les a appelés, tous ensemble, Noirs Marrons, Marrons, Nèg mawon, Bushinengé, Maroon.
En 1760, ils ont arraché aux Hollandais l'un des tout premiers traités au monde reconnaissant la liberté d'anciens esclaves — un siècle avant l'abolition officielle.
Aujourd'hui encore, leurs villages vivent. Leur tambour résonne. Leur idée est vivante.
La grande famille trans-atlantique
Nous ne sommes pas seuls.
🇵🇦
Panama
1552
Le roi Bayano
Jusqu'à 1 200 fugitifs, cinq ans de guerre, le palenque de Ronconcholon. Ses descendants vivent toujours : les Congos de Portobelo, patrimoine de l'UNESCO.
🇲🇽
Mexique
1618
Gaspar Yanga
Esclaves en fuite vers les hauteurs de Veracruz. Par le traité de 1618, San Lorenzo de los Negros devient l'une des toutes premières villes libres des Amériques. Yanga, « premier libérateur de l'Amérique ».
🇨🇴
Colombie
1691
Benkos Biohó
San Basilio de Palenque, près de Carthagène, reconnu village libre par la Couronne espagnole. Toujours vivant aujourd'hui, avec sa propre langue créole, le palenquero. Patrimoine de l'UNESCO.
🇧🇷
Brésil
1695
Zumbi dos Palmares
Le Quilombo des Palmares résiste près d'un siècle. Le 20 novembre, jour de la chute de Zumbi, est aujourd'hui jour férié national.
🇯🇲
Jamaïque
1739
Nanny & Cudjoe
Premier traité de paix arraché aux Anglais. Nanny, reine des Maroons, est aujourd'hui héroïne nationale officielle de la Jamaïque.
🇸🇷
Suriname
1760
Saramaka, N'Djuka, Aluku
Traités marrons arrachés aux Hollandais. Les plus anciennes sociétés marronnes encore vivantes, sur le Maroni. Indépendant en 1975. Notre voisin direct.
🇭🇹
Haïti
1804
Toussaint Louverture · Dessalines
Première République noire indépendante du monde. Soixante ans avant l'abolition aux États-Unis. La Caraïbe a inventé la liberté pour les Noirs avant tout le monde.
🇨🇺
Cuba
XVIIᵉ-XIXᵉ
Cimarrones & palenques
Les Cimarrones fondent des palenques dans la Sierra Maestra et l'Oriente, certains libres jusqu'à la fin du XIXᵉ siècle. Pilier de l'identité afro-caribéenne.
Ils n'ont pas attendu l'abolition : ils se sont libérés eux-mêmes.
D'un rivage à l'autre, à travers les siècles — une seule famille : les Maroons.
On nous a appris « Think Global, Act Local ». Nous, on dit : Think Local, Act for All — car de chez nous aussi peuvent émerger des idées qui rayonnent par la suite.
CARICOM & horizon régional — Les 15 États CARICOM (Antigua, Bahamas, Barbade, Belize, Dominique, Grenade, Guyana, Haïti, Jamaïque, Montserrat, Saint-Kitts, Sainte-Lucie, Saint-Vincent, Suriname, Trinité) constituent la communauté économique de 16 millions d'habitants dans laquelle s'inscrit naturellement Maroon Market. Le pilote démarre à Matoury. L'horizon est régional, avec l'ambition de s'élargir et d'apporter la Maroonitude ailleurs, chez nos voisins qui le voudront bien.
Soixante ans plus tard
Et pourtant.
2,5 %
l'augmentation réclamée
🇬🇵 Mé 67 · 1967
44
jours de grève
🇬🇵 LKP 2009
38
jours de grève
🇲🇶 K5F 2009
11
jours de blocage
🇬🇫 CCC 2008
1,1
milliard € arraché
🇬🇫 Accord de Guyane 2017
10+
collectifs majeurs
LKP · K5F · CCC · 500 Frères · RPPRAC · Stop Lavi Chè…
60
ans de luttes
DOM — et ça continue
L'alimentaire reste +42% en Guadeloupe, +40% en Martinique, +39% en Guyane qu'en métropole (INSEE 2022).
Cayenne–Paris, 7 000 km : dès 686 €.
Cayenne–Pointe-à-Pitre, l'île d'à côté : dès 517 €.
Une poignée de groupes décide encore de ce qu'on mange.
Tout arrive de loin, pour plus cher.
Or le riz pousse au Suriname, le pétrole coule à Trinidad, la canne est sous nos fenêtres !
Les profits, eux, ne connaissent pas la vie chère.
Et la lutte recommence — encore — à chaque génération.
Ce n'est ni un échec des mouvements, ni un déshonneur. Les barrages ont arraché des accords, ils ont préservé des dignités, ils ont façonné une conscience politique qui est notre patrimoine commun. Ils restent indispensables. Mais leur effet, à eux seuls, ne suffit pas à changer la structure du marché.
On dénonce les marges depuis des décennies. Mais se plaindre n'a jamais rempli un panier.
Et plutôt que de nous plaindre encore…
Alors tentons
autre chose.